Citoyenneté dans les résidences-FJT & Implication

Date d'édition :
Découvrez ce que l'implication signifie pour nous et quels sont des leviers et des outils pour la renforcer.

L’essentiel (on met les pieds dans le plat !)

Participer : prendre part.
Permettre la participation : donner un rôle aux individus dans une prise de décision affectant une communauté.

Vouloir faire « participer » les résident-e-s est notre mission, car il s’agit de les rendre acteurs et actrices de leur vie. Mais c’est un exercice compliqué, qui comporte moult écueils.
« La dictature c’est « Ferme ta gueule, la démocratie c’est « Cause toujours » : il s’agit de ne pas rendre les résident-e-s aussi cyniques et désabusés que Woody Allen…

Selon Philippe Meirieu, c’est le « faire ensemble » [qui] fonde le « vivre ensemble ». La résidence-FJT est le cadre idéal pour s’investir dans une vie collective, pour participer, prendre sa part. Mais encore faut-il que nous en laissions la possibilité aux résident-e-s, que nous leur en laissions réellement la possibilité. Cela implique pour nous de prendre des risques, d’abandonner un peu de notre pouvoir, de faire confiance et d’accepter qu’ils ne seront pas parfaits.
Il s’agit de ne pas transformer la démocratie, comme le dénonce Noam Chomsky, en « fabrique du consentement ». « Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements ». Eh bien si, en résidences-FJT, nous pratiquons la citoyenneté, la vraie !

Echelle de participation

Quelle que soit l’instance de participation mise en place, déterminer le degré de participation des résident-e-s est une étape importante du processus.

Pour cela il existe de nombreux outils, on cite généralement l’échelle d’Arstein ou encore l’institut du nouveau monde qui a mis en place une échelle de la participation publique qui résume de manière plutôt claire les degrés de participation.

Source : INM, 2013, mise à jour : 2019

Le CVS, un outil pour l’implication citoyenne des résident-e-s

Le conseil de vie sociale (CVS) est un outil introduit par la loi de 2002-2 relative aux ESSMS (Etablissement et service social et médico-social), le FJT en faisant parti, cet outil peut donc être utilisé. Son fonctionnement est très contraint par la loi et un décret publié initialement en 2004 (et modifié successivement) décrit très précisément son fonctionnement. Sa particularité est d’associer personnes accueillies, représentants du personnel et représentant(s) de l’organisme gestionnaire.

Le CVS est donc une instance de démocratie représentative. Mais, au fait, qu’est-ce que la démocratie ?
Selon Paul Ricoeur, une société est démocratique quand elle se reconnait comme divisée. Une démocratie sans conflit, ce n’est pas une démocratie : car dans ce cas, ce n’est pas que le conflit n’existe pas, c’est qu’il n’est pas autorisé à se faire voir…

Si la majorité des résidences-FJT n’a pas attendu les obligations liées à la Loi 2002-2 pour mettre en place des organes de concertation, quels que soient leurs noms, mettre en place un CVS sans lui laisser le pouvoir de discuter (qui n’est cependant pas celui de décider), c’est faire perdre son temps à tout le monde, et, plus grave, faire perdre aux résident-e-s la confiance dans les « institutions » de la démocratie. Le résultat est alors contraire à celui escompté : on a appris à nos résident-e-s que « la démocratie c’est « Cause toujours », et que les organes de concertation ne sont que de la poudre aux yeux…
Un autre écueil est que le CVS devienne une sorte d’association de consommateurs, dans lequel les résident-e-s dresseraient leurs listes de doléances. Mais la meilleure méthode pour les amener à se positionner de façon constructive est sans doute de les laisser co-construire !
À nous donc de faire des CVS de réels lieux d’exercice de la démocratie, de concertation et d’échanges !

Vous trouverez donc ci-après quelques éléments issus d’un groupe de travail et qui pourront vous aider.

Des leviers pour renforcer la participation

Poursuivre un objectif et non pas s’entêter sur un outil

Notre responsabilité est surtout de viser l’objectif défini par la loi : à savoir que les résident-e-s aient la possibilité de donner leur avis, et que celui-ci soit pris en compte.

En conséquence, notre mission est de créer un ou des cadres pour que les résident-e-s puissent s’impliquer dans la vie de la résidence, donner leur avis, et avoir leur part dans l’organisation du lieu où ils vivent.
Que ce soit sous la forme d’un CVS ou sous une autre forme, ce n’est pas vraiment l’important.

Le terreau de la participation : la vie collective

La vie collective est un terreau pour la participation. Sans vie collective, il paraît très difficile d’espérer mettre en place une quelconque participation. Mais si une participation se met en place et se généralise, elle va nourrir à son tour la vie collective, et on rentre alors dans un cercle vertueux. Il faut donc s’intéresser conjointement à ces deux questions : vie collective et participation.

Prendre le risque de faire confiance aux résident-e-s

On ne peut espérer une participation constructive des résident-e-s que si nous leur faisons confiance, et qu’ils le sentent. C’est en leur faisant confiance qu’on les positionnera comme « contributeurs », et non pas uniquement comme « consommateurs ».

En caricaturant un peu, on peut en effet identifier 2 types extrêmes de positionnement d’un participant à une négociation :

Le participant « consommateur », ou la frustration de l’impuissance.

De son côté : un service lui est dû, et il est ici pour faire respecter ses droits. Il va se positionner en tant qu’opposant, et considérer qu’on ne prend jamais assez en compte ses demandes. Il est dans une situation d’impuissance, car il sent qu’il n’a pas de pouvoir ; il se débat donc pour qu’on prenne son avis en compte. Il est probable qu’il ne reconnaisse jamais les efforts que nous faisons, et ceux-ci ne lui sembleront jamais suffisants, car cela reviendrait pour lui à abandonner son positionnement en tant qu’opposant, et donc à abandonner ses revendications.

De notre côté : il nous fatigue, il n’est jamais content, il ne fait que râler. Il est impossible à satisfaire, alors, quitte à ce qu’il ne soit pas satisfait, autant ne pas trop se compliquer la vie…
Situation de blocage et de frustration des 2 côtés

Le participant « contributeur », ou la prise de risque de (se) faire confiance.

De notre côté : on lui fait confiance, on a un a priori positif sur le fait qu’il peut nous apporter qqch, et qu’il n’est pas qu’un grincheux. Du coup, on lâche un peu de votre pouvoir, pour le partager avec lui.

De son côté : il va sentir qu’on lui fait confiance et, le plus souvent, il va tout faire pour être à la hauteur de cette confiance. Il va faire des propositions dans lesquelles il prendra notre point de vue en compte, ce qui facilitera la création de consensus.

C’est à nous de faire confiance et de prendre le risque de lâcher du pouvoir

Prouver par des faits que la participation n’est pas inutile

Les mots ne valent pas grand-chose. Pour prouver que la participation n’est pas inutile, il faut des actes.
Quand des résidents ont fait une proposition, il est indispensable de donner très rapidement une suite (que ce soit la réponse, ou la date à laquelle ils obtiendront la réponse, et pourquoi cette date et pas maintenant).

Si nous ne donnons pas une suite très rapide à l’investissement des résidents, on peut être certains qu’ils ne reviendront pas la prochaine fois. Il est de notre responsabilité de respecter le temps et l’implication des résidents, en leur donnant une réponse rapide.

D’autant plus qu’ils sont dans la majorité plutôt impatients…

Tester, changer, expérimenter de nouvelles idées. Ne pas rester bloqué sur un outil

S’il est difficile d’avoir des candidats, pourquoi ne pas faire un vote sans candidature (voir guide sur l’Implication)

Si la méthode du vote ne fonctionne pas, parce que les résidents ne se connaissent pas entre eux et doivent donc choisir entre des inconnus, pourquoi passer par une élection (d’autant plus si on a du mal à avoir des candidats) ? Pourquoi ne pas ouvrir les réunions à ceux qui le souhaitent, sans passer par une élection ?

Si l’ordre du jour ne suscite pas l’intérêt des résidents, alors c’est l’ordre du jour qu’il faut changer (sauf si vous comptez changer les résidents !). L’idéal est de partir des préoccupations des résidents, entendues lors des conversations de couloir. Etc, etc.

Résidents autour d'une table

On vous dit TOUT (sur les animations que l’on fait chez nous en FJT)

  • Des commissions thématiques, dédiées à un objet concret

Le FJT les Hauts de Belleville (Paris 20) en 2016, a mis en place des commissions liées aux sujets sur lesquels les résident-e-s souhaitent s’impliquer.

Quelles commissions ?

  • Commission animation : Quelles animations mettre en place dans la résidence ?
  • Commission vie quotidienne : Quels sont les problèmes repérés et les améliorations souhaitées pour la vie quotidienne ?
  • Commission restauration : Quels repas communs peuvent être prévus ?

Qui participe ?

  • Participation libre des résident-e-s
  • Les plus impliqués peuvent être cooptés « membres permanents », et siéger ensuite à une séance plénière où se retrouvent les membres permanents des différentes commissions. Cette séance plénière n’est pas très loin d’un CVS… !

Fonctionnement :

  • Un thème par commission
  • Thème fixé par les résident-e-s : dès qu’un thème apparait à l’occasion d’une discussion de couloir, une réunion est organisée pour que le projet correspondant puisse être monté
  • Si un autre thème apparaît pendant la réunion, une autre date sera prise pour en discuter
  • L’idée est discutée, un projet est monté (quoi ? pour qui ? quand ? combien ça coûte ?). Il sera ensuite présenté à la direction pour validation. Si le projet est validé, il pourra être réalisé

Quel est le pouvoir de ces commissions ?
C’est un pouvoir de proposition => Concertation, négociation.
Il ne s’agit pas seulement de dire « y’a qu’à / faut qu’on », il s’agit de construire des projets.
Pour les résidents, ces projets sont ensuite proposés à la direction, laquelle les valide ou fait des remarques.
Attention : il est primordial que la direction soit d’accord avec ce principe dès le début, et il faut absolument s’en assurer avant de lancer l’action. Ces commissions ne peuvent fonctionner que si la direction leur fait confiance et a un apriori positif sur le fait qu’elles présenteront des projets valables.
Le pouvoir de décision appartient toujours à la direction, mais celle-ci doit accepter de laisser un réel pouvoir de proposition à la commission (sinon c’est « cause toujours »…).

  • Un budget alloué au CVS

Dans les trois résidences de l’Etape à Paris, l’association alloue une enveloppe budgétaire annuelle à chacun des CVS. L’objectif est de permettre aux jeunes du CVS de mettre en place des actions collectives à destination des autres jeunes des résidences de manière à développer, créer et maintenir une dynamique au sein des établissements.

  • Une assemblée des résident-e-s

A la résidence Victor Hugo à Bagneux (92), Cédric met en place chaque année des assemblées de résident-e-s. Elles regroupent en général une cinquantaine de personnes, des membres du conseil d’administration, des salarié-e-s et des élu-e-s de la ville. Ils font ensemble le bilan de l’année et se projettent sur l’année suivante.

En parallèle, il organise une instance participative ouverte « Discuter pour agir » durant laquelle les résidents proposent des actions collectives à développer.

  • Un CVS 2.0

Durant la crise sanitaire de 2020, L’Appart a organisé des élections entièrement dématérialisées : campagne sur les réseaux sociaux, vote en ligne.

  • Création du nouveau logo par les résident-e-s

Au FJT Relais Accueil (Paris 13), ce sont les résident-e-s qui ont réalisé le nouveau logo. Une assistante sociale en stage a monté le projet, a réuni un certain nombre de résident-e-s qui se sont retrouvés régulièrement pour discuter de ce qu’ils et elles voulaient comme logo pour leur résidence, et qui ont fini par créer trois propositions. Ces trois propositions, une fois validées par le Conseil d’Administration, ont été soumises au vote de l’ensemble des résident-e-s et personnels. Le logo ainsi élu a été présenté lors de l’Assemblée Générale.

  • Le CVS chargé du vivre-ensemble

Au Foyer Jeunesse à Bourg-La-Reine (92), c’est le CVS qui fixe le cadre du vivre-ensemble. Il intervient sur le règlement intérieur, et intervient également quand il y a une transgression du règlement intérieur… Pas facile, mais efficace pour donner un réel rôle aux élus des résidents qui participent au CVS !

  • Impliquer les élus du CVS dans la gestion des conflits entre l’équipe et les résident-e-s

Les délégués du CVS sont impliqués dans la médiation et la gestion des conflits. Ils peuvent être présents quand il y a des entretiens entre la direction et des résidents pour des problèmes de transgression du règlement intérieur par exemple. Ils peuvent ensuite par exemple suivre le résident dans les engagements qu’il a pris auprès de la direction. On observe de réels échanges et un réel travail en commun dans ce cadre.

  • Impliquer les élus du CVS dans l’accueil des nouveaux arrivants

Au FJT Jeune Cordée à Paris des résidentes volontaires accueillent les nouveaux arrivés. Une belle manière de créer du lien, d’intégrer et d’impliquer chacun.

  • Favoriser le partage de compétences pour des moments chaleureux

A l’ ALJT Saint-Sébastien à Paris, des résident-e-s ont porté un projet de valorisation des compétences de chacun. Ainsi, ils proposent à chaque résident de partager leurs savoirs avec l’ensemble ce qui a permis la création de cours de langue, séances de sport, la mise en place d’un jardin partagé, des cours de couture, de l’aide à la recherche d’emploi…

N’hésitez pas à, vous aussi, faire partager vos pratiques et outils : ce sera utile pour tout le monde !

Quatre courts-métrages sur l’implication des résident-e-s

Réalisés au printemps 2013, dans les résidences du réseau, ils regroupent un grand nombre de témoignages de résident-e-s, d’équipes socio-éducatives, d’équipes de direction, et de bénévoles, sur les formes que peut prendre l’implication dans les résidences-FJT.

Pilotage du projet : groupe de travail sur l’implication des résidents.
Coordination : Adeline de Lépinay
Réalisation : Timédia

Chapitre 1 : Pourquoi s’impliquer ?

Chapitre 2 : Comment favoriser l’implication ?

Chapitre 3 : Quelles formes d’implication ?

Chapitre 4 : Quels sont les effets de l’implication ?

Les incontournables (pour creuser plus loin et savoir s’orienter)

  • Synthèse de l’Ech@ngeons socio-éduc sur le CVS et les instances de participation par l’URHAJ Ile-de-France et les équipes franciliennes participantes

Une fois que les résidents ont participé, notre mission continue, nous pouvons les aider à valoriser les compétences qu’ils ont acquises lors de cette expérience.

Document(s) à découvrir

Guide pratique du conseil de vie sociale - URHAJ Occitanie

Synthèse échange CVS et instances de participation - URHAJ Ile-de-France

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