Plaidoyer pour l'essaimage des modèles hybrides CHRS/FJT : l'exemple de la résidence de Rosny-sous-Bois

Adhérent de l’URHAJ, l’ALJT gère dans la ville de Rosny-sous-Bois (93) un dispositif unique à l’échelle du réseau Habitat Jeunes Île-de-France : un Foyer de Jeunes Travailleurs (FJT) et un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) y cohabitent au sein d’un seul et même établissement.

Initialement implanté à Saint-Denis puis à Bondy, le CHRS a été relocalisé au sein du FJT de Rosny-sous-Bois depuis dix ans. Aujourd’hui, le FJT comprend 232 logements, répartis entre 208 studettes individuelles, 20 studios pour couples et 4 logements adaptés aux personnes à mobilité réduite. Le CHRS dispose quant à lui de 15 places pour des jeunes de 18 à 25 ans. Rien ne distingue depuis l’extérieur des logement les places en CHRS des places en FJT.

L’URHAJ a tâché d’en savoir plus sur ce dispositif hybride, plus particulièrement quant à son impact sur les pratiques des professionnel·le·s ainsi que sur le parcours résidentiel des jeunes accompagné·e·s. Elle s’est appuyée à la fois sur une enquête « flash » par entretiens auprès des équipes de la résidence, ainsi que sur une étude d’impact du cabinet ABAQ portant sur le même dispositif[1].

Il apparait que les places en CHRS disséminées au sein d’un FJT ont trois principaux effets. D’abord, elles déstigmatisent les résident∙es du CHRS, que rien ne permet à premier abord de distinguer d’un∙e résident∙e∙s de FJT.  Ensuite, elles accroissent la coordination entre les équipes des deux dispositifs en créant par effet de proximité une culture professionnelle commune. Enfin, elle permet une sécurisation des parcours des jeunes, dans la limite de parcours principalement ascendants (du CHRS au FJT). L’URHAJ réaffirme donc par cet article son soutien à l’essaimage de ce type de dispositif dans les structures de l’hébergement et du logement temporaire en Île-de-France.

Une hybridation qui déstigmatise les jeunes en parcours d’hébergement

L’un des principaux atouts de ce modèle est la déstigmatisation des jeunes accueillis en CHRS. En mélangeant les chambres des deux structures, ce dispositif évite d’isoler les jeunes du CHRS comme étant en « grande exclusion » et favorise une dynamique collective et une inclusion entre pairs. L’étude d’impact du cabinet ABAQ l’affirme dans les termes qui suivent :

« Le public 18-25 ans accueilli sur le CHRS de Rosny au sein du FJT profite d’un accompagnement plus adapté que dans d’autres CHRS : cela facilite la construction d’une identité sociale, la qualification, la dynamique de groupe, le développement de réseaux amicaux, la socialisation. »

Par ailleurs, notre enquête auprès des travailleur·euse·s de la résidence corrobore et approfondit les constats de l’étude d’impact. L’extrait qui suit, issu d’un entretien avec un membre de l’équipe de la résidence, montre une volonté consciente d’inclure les résident·e·s du CHRS dans le collectif du FJT.

 « On part du principe que tous les résidents, qu’ils soient du CHRS ou du dispositif de l’ASE ou du dispositif droit commun, on leur propose les mêmes animations, le même travail au niveau du collectif. […] L’objectif c’est vraiment qu’il y ai une mixité et qu’ils en bénéficient » (Membre de l’équipe).

Grâce à la nature hybride du dispositif, les personnes accueilli·e·s en CHRS bénéficient donc à la fois d’un suivi individualisé et d’un accès aux activités socio-éducatives communes du FJT. Cette approche permet de normaliser leur situation et de renforcer leur autonomie et leur intégration sociale.

Ainsi, l’hybridation des dispositifs joue un rôle clé dans la réduction des stigmates associés aux jeunes en parcours d’hébergement, tout en favorisant leur inclusion au sein d’un collectif plus large.

Une interconnaissance entre les équipes qui permet d’assurer la continuité de l’accompagnement

La cohabitation des deux dispositifs favorise une forte proximité entre les équipes, ce qui constitue un atout pour la continuité de l’accompagnement. Ainsi, la travailleuse sociale consacrée spécifiquement au CHRS participe également à la vie collective de la résidence et à certaines actions d’animation du FJT. Bien qu’il n’existe pas de continuité formalisée entre les deux dispositifs, les échanges entre professionnel·le·s permettent d’assurer des transitions plus fluides, comme le montre l’extrait suivant :

 « Parfois c’est d’autres collègues qui vont accueillir les jeunes et vice et versa, je connais les situations des jeunes en droit commun. Donc on essaie de s’intéresser à l’ensemble des jeunes mais pas dans l’accompagnement en tant que tel, plutôt dans l’accueil etc, et on travaille surtout comme ça, on peut transmettre des informations» (Membre de l’équipe).

Cette membre de l’équipe témoigne ainsi bien de l’existence d’échanges d’informations concernant la situation des jeunes des deux dispositifs. Cette proximité organisationnelle participe de la construction d’une culture professionnelle commune dont bénéficient tous·te·s les jeunes accueilli·e·s.

Malgré des atouts avérés en matière d’accompagnement, l’hybridation ne permet pas seule de pallier au manque de moyens alloués aux structures d’hébergement, en particulier sur le champ de la santé mentale. Les besoins des jeunes en matière de soutien psychologique sont importants, mais les ressources disponibles restent insuffisantes. Des dispositifs spécifiques existent néanmoins au sein du CHRS, comme la présence d’un psychologue lors des entretiens de pré-admission, un suivi après l’entrée, ainsi que des permanences régulières.

Une sécurisation des parcours, mais seulement de manière ascendante.

L’hybridité du dispositif permet le passage d’une place de CHRS à une place de FJT au sein de la même résidence, offrant ainsi aux résident·e·s non seulement une stabilité résidentielle qui fait souvent défaut dans les parcours hébergement-logement, mais également une continuité dans l’accompagnement.

Le passage d’un jeune d’une place CHRS vers une place en FJT est conditionné par plusieurs critères : la demande du jeune, la stabilité de son parcours, et la cohérence avec son projet personnel. Il est facilité par l’interconnaissance des équipes qui partagent leurs constats quant à la capacité d’un·e résident·e à basculer d’un dispositif à l’autre.

 «Pour les jeunes qui ont des parcours stabilisés, l’objectif c’est pas qu’ils restent en CHRS, c’est que la place puisse se libérer [… ] Une fois que les parcours sont stabilisés, nous on travaille le relogement, donc ça peut être vers du logement autonome, et ça peut être des places FJT.  Là on a proposé à une jeune d’être en FJT. Cette jeune elle veut absolument être en logement social, mais il lui manque encore un petit peu de temps, donc on sait très bien que quand on la sentira prête dans 3 à 6 mois, là on l’accompagnera plus dans ses démarches d’accès au logement autonome. Donc c’est l’objectif de lui laisser 6 mois 1 an, le temps de lui laisser s’aguerrir un peu du paiement de ses redevances, etc. » (Membre de l’équipe).

Ce témoignage montre que le passage d’un·e jeune du CHRS vers le FJT n’est pas automatique, mais dépend d’une évaluation fine la situation du jeune : stabilité du parcours, cohérence avec son projet personnel, et capacité à assumer les responsabilités liées à un logement plus autonome. Cette approche progressive permet d’éviter les ruptures brutales et d’accompagner les jeunes vers une autonomie durable.

À l’inverse, le passage d’un jeune du FJT vers le CHRS est très peu fréquent. Le fonctionnement des attributions, que gère le SIAO, rend ce processus exceptionnel.  Si l’idée d’une circulation plus fluide du FJT vers le CHRS en cas de difficultés (dettes, situation administrative, etc.) était déjà envisagée avant que le CHRS ne s’implante à Rosny-sous-Bois, cette perspective se heurte au fonctionnement du parc d’hébergement et à la régulation de l’accès aux places en CHRS par le SIAO.

« On comprend très bien la problématique du SIAO […] y’a très peu de CHRS jeune, peut-être 2-3 en région parisienne, et ils ont 15 places ici, ils vont pas se dire : tiens, ce sont les jeunes du FJT, quand ils ont un problème, ils vont basculer là. » (Membre de l’équipe).

Cette citation souligne la tension entre une logique de continuité d’accompagnement souhaitée par les professionnels et une logique institutionnelle de régulation de l’offre, qui limite les marges de manœuvre à l’échelle du bâtiment.

Conclusion

En définitive, le dispositif hybride CHRS/FJT de Rosny-sous-Bois se révèle être un modèle innovant, dont les atouts résident principalement dans sa capacité à déstigmatiser les jeunes en parcours d’hébergement et à favoriser une dynamique collective entre résidents. La proximité entre les équipes, qui résulte en une culture professionnelle commune, permet d’accompagner sans rupture le passage d’une place de CHRS à une place de FJT. L’enquête « flash » de l’URHAJ s’inscrit ainsi dans la lignée des constats de l’étude d’impact du cabinet ABAQ : le dispositif a des effets importants sur les personnes accueillies, ce qui invite à en expérimenter l’essaimage au sein d’autres structures du parc francilien de l’hébergement et du logement temporaire.


[1] Fourteau Florence et Weppe Guillaume, Synthèse de l’étude d’impact intégration d’un CHRS dans un FJT, cabinet ABAQ, 2019.

©Vincent Krieger / ALJT

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