
En 2024, 78 % des professionnel·le·s en résidence-FJT disent accompagner des jeunes en souffrance psychique, les problématiques de santé mentale se trouvant renforcées par la précarité et l’isolement du public accueilli dans les structures. Au sein des résidences Habitat Jeunes, favoriser le lien social est donc non seulement la responsabilité des équipes socio-éducatives, mais aussi du reste du personnel de l’établissement présent au quotidien auprès des résident·e·s.
Cette dynamique permet à chacun·e, s’il·elle le souhaite de s’investir dans la vie collective de la résidence en réalisant des projets avec les jeunes. A Relais Accueil 18, Marsel, musicien et salarié en tant qu’agent d’accueil depuis 2 ans, partage sa passion pour la musique avec les jeunes. Son objectif : rassembler les jeunes autour d’un projet artistique commun. C’est ainsi que naît le groupe Joyfull, constitué de 7 artistes qui sont à la fois artistes, compositeur·rice·s, et chanteur·se·s et réunissant des jeunes passionné·e·s issu·e·s des structures de toute l’association Relais Accueil.
La place de l’agent d’accueil dans la vie de la résidence-FJT
Ce qui est frappant en arrivant dans la résidence Relais Accueil 18, c’est l’emplacement du bureau de l’agent accueil. Situé au cœur du hall d’entrée, il permet à l’agent de croiser tou·te·s les résident·e·s au fil de leurs allées et venues. Cette disposition lui permet de créer un lien quotidien avec les jeunes, qui démarre très souvent par un simple « bonjour » et qui se poursuit par de longues discussions : « les jeunes s’assoient à mon bureau et peuvent rester des heures à discuter… ».
Au-delà de l’espace physique dans lequel il se trouve, Marsel occupe une place particulière auprès des résident·e·s, se distinguant des équipes socio-éducatives et de la direction. Bien qu’il ne soit pas intervenant socio-éducatif, il est une personne ressource de plus pour les jeunes. Marsel n’hésite pas à être volontaire pour les aider dans leur quotidien : « Une des choses que j’adore faire, c’est les aider pour leurs examens : j’ai fait réviser l’anglais ou encore le bac. ». Marsel est même décrit par sa direction comme faisant « le lien » entre l’équipe socio-éducative et les jeunes. Cette posture de médiation permet donc aux jeunes de se sentir à l’aise avec lui et facilite ainsi les liens qui peuvent se créer dans le collectif.

Mettre en place un projet artistique collectif
Il est utile de revenir sur les différentes étapes du processus de création d’un projet comme celui de Joyfull. La méthode que Marsel a utilisée est très pertinente puisqu’elle a permis non seulement la mobilisation des jeunes, mais aussi l’organisation de différents moments pour célébrer ce projet.
Vous trouverez les différentes étapes pour monter un projet artistique collectif avec les jeunes en résidences-FJT :
L’étape 1 : Pitcher le projet à la direction
Pour mettre en place un projet de cette envergure, l’accord et le soutien de la direction sont indispensables. « J’étais avec la direction. On parlait de divers projets, dont une sortie à la mer où j’ai été accompagnateur. J’ai proposé mon idée de monter un projet musical et ça a plu. Une semaine plus tard, le projet était lancé ». Marsel a su convaincre en s’appuyant sur son expertise de musicien, mais surtout en mettant en avant le fait que l’art pouvait être un vecteur de lien social pour les jeunes.
L’étape 2 : Co-construire le projet avec les jeunes
Une fois le projet validé auprès de la direction, l’enjeu est la mobilisation des jeunes. Cela passe d’abord par une communication attrayante (affiches, messages, mails…). Une fois que les jeunes intéressé·e·s se sont inscrit·e·s, il s’agit maintenant d’organiser un premier temps d’information afin de présenter le projet. C’est à ce moment-là que certain·e·s résident·e·s se sont désisté·e·s pour laisser place aux plus motivé·e·s. Il est intéressant d’observer que dans la création d’un collectif, la mobilisation fluctue : les personnes vont et viennent en fonction de leurs disponibilités et de leurs capacités d’engagement. Le plus important est d’arriver à garder un noyau de personnes motivées et prêtes à s’engager.
Une fois le petit collectif constitué, la première rencontre est l’occasion d’échanger sur les attentes de chacun·e en termes de composition musicale et d’écrire les premiers textes de la chanson. Il ne s’agit pas d’imposer un style d’écriture mais de permettre aux jeunes d’avoir un espace dans lequel il·elle·s se sentent libre de créer sur un thème commun : celui de l’espoir. « On voulait faire quelque chose qui donne de l’espoir aux gens à l’unanimité notamment dû aux contexte géopolitique avec les guerres. Chacun a mis des idées qui représentaient l’espoir et le fait de ne pas laisser tomber. »
Le processus d’écriture s’est très bien passé puisque le texte voit le jour en une après-midi. Marsel revient dessus et se dit surpris : « Pendant l’atelier d’écriture, chacun écrivait ses lignes. Parfois, on échangeait pour se faire des retours sur ce que l’autre écrivait. Après une heure d’écriture, on a réuni les textes où chacun a lu son texte. Et, là, c’était wow, je me suis pris une claque. »
Dans cet élan, Marsel propose aux jeunes une restructuration du texte, basée sur son expérience de musicien, pour rassembler ce qui a été produit, et apporter plus de clarté et de rythme : « ça a été un puzzle à remettre dans l’ordre tous les textes. On l’a lu du début à la fin et il y avait une telle fluidité… ».
Certains jeunes travaillent seul·e·s sur une mélodie et les moins expérimenté·e·s bénéficient de l’expérience musicale de Marsel. L’agent d’accueil prend le temps avec chacun·e afin de les faire répéter : « J’ai eu plusieurs rendez-vous avec les jeunes pour travailler leurs parties. Ils ont travaillé chez eux avec des techniques que je leur donnais comme le fait de mettre un stylo dans la bouche pour l’articulation. Ça durait 2 mois parce qu’il fallait prendre le temps de caler tous ces rendez-vous. Ça s’est bien fait et c’était passionnant. Entre le premier jour et le dernier jour de travail, ça n’avait rien avoir. Ils ont bien appris et bien travaillés. »

Avec un texte terminé et des artistes prêt·e·s à interpréter leur chanson, Marsel et son groupe se lancent ensuite dans une série de répétition pour apporter les dernières modifications au texte et à la mélodie.
L’étape 3 : L’enregistrement de la chanson au studio
Marsel décide d’aller plus loin et propose aux jeunes artistes d’enregistrer leur titre dans un studio. Il souhaite valoriser le travail artistique réalisé jusqu’à présent en apportant une dimension professionnalisante à leur projet. Un clip vidéo est même réalisé pour leur permettre de vivre toutes les étapes de la création artistique. Le projet est financé par l’association Relais Accueil dans le budget socio-éducatif de l’association.
« J’avais réservé le studio pour la journée entière de manière à ce que chacun puisse venir quand ils pouvaient. On a commencé à enregistrer le chant. C’était magnifique. C’est un rêve qui se réalise pour certains. »



Il n’est possible d’évoquer toutes ces étapes sans parler de l’organisation qu’un tel projet demande. Marsel a dû concilier ses missions quotidiennes d’agent d’accueil en plus de gérer ce projet : « Il me fallait beaucoup m’organiser pour pouvoir prendre un jeune à l’heure prévue et l’autre à l’heure suivante. Mais ce n’était pas compliqué puisque j’ai l’habitude de gérer ce genre de logistique. » C’est un défi de mobilisation des jeunes, d’organisation et d’adaptation aux imprévus qui peuvent arriver !
L’étape 4 : La consécration… un concert !
La dernière étape qui permet aux jeunes de finir en beauté cette aventure est d’interpréter leur titre lors d’un concert. C’est de cette manière-là que l’équipe de Relais Accueil 18 organise une « Release party » (voir flyer ci-dessous) pour la sortie de leur titre « Just Bring Out Your Joy ». L’évènement s’est tenu en septembre 2025, à la résidence de Relais Accueil dans le 18ème arrondissement à Paris, avec des jeunes et des partenaires. L’équipe de l’URHAJ était présente et peut témoigner du talent des jeunes artistes qui composent le groupe Joyfull.
Une projection de leur clip, réalisé avec précision, montrant les passages en studios et les moments d’échanges en coulisse est suivie d’une exposition photo qui a su capturer les moments forts du groupe. En interrogeant Marsel sur ce qu’il a ressenti en voyant les jeunes chanter leur chanson en direct sur scène, il déclare : « Certains et certaines ont une plus grande confiance en eux. Il y a des rencontres, des sourires… Ça a amené davantage de convivialité, de joie et de faire ouvrir les gens à ce groupe de musique mais aussi d’autres activités. Il y a un côté fraternel qui se crée notamment avec les autres résidents. ». La musique permet ainsi de développer un nombre important de compétences psychosociales.
Bien que la pratique ou l’écoute de la musique ait des effets bénéfiques sur le développement intellectuel, sur le vieillissement cognitif et l’amélioration de la mémoire, faire partie d’un groupe augmente les capacités émotionnelles et sociales des jeunes puisqu’il·elle·s se retrouvent autour d’un intérêt commun. Cette expérience leur a permis de développer de meilleures relations avec eux·elles-mêmes et les autres et surtout de se découvrir en tant que personne, mais aussi en tant qu’artiste. Cela a même donné envie à d’autres jeunes de participer à Joyfull afin de faire partie d’un collectif.




Pour voir et soutenir le clip sur Youtube :
Et après ?
Ce n’est que le début pour le groupe Joyfull. Les jeunes accueilli·e·s en résidence-FJT sont en constante mobilité. De ce fait, les ancien·ne·s passent le relais aux nouveaux·elles, créant une mixité de publics et de parcours : « Concernant Joyfull, ça va être pérenne comme groupe. Une chanson sera faite chaque année sur un thème différent. Étant donné que les FJT sont des lieux de passage, chaque participant du groupe aura toujours accès au groupe même s’ils sont plus dans la résidence. Ils pourront toujours venir et participer. »
Le groupe de musique Joyfull est ainsi ouvert à tou·te·s les jeunes accueilli·e·s dans une des structures de l’association Relais Accueil (résidences-FJT, colocations…). Pour certain·e·s, l’aventure va encore plus loin et la musique est devenue une pratique régulière dans leur vie : « Avec un autre jeune, j’ai des morceaux à lui proposer qui collent parfaitement avec sa voix. Une autre jeune est intéressée par le jazz. Une autre est intéressée par du blues ».

Que le projet soit musical ou pas, cette démarche collective peut s’appliquer à de nombreux projets. L’action socio-éducative en résidence-FJT n’est pas que l’affaire des animateur·rice·s mais de toutes les personnes présents aux cotés des jeunes pendant leurs parcours.
Merci à Marsel d’avoir pris le temps de nous partager cette expérience !
© Relais Accueil – Laureen Bloud
